Trois ans que je n’ai rien posé sur ce blog. Pas par manque d’envie, mais par manque de marge.
Comme tout étudiant étranger qui se respecte dans la France de Macron, je suis passé du titre de séjour étudiant au titre de séjour salarié. Un parcours qui prend toute la place mentale qu’il peut prendre, et qui en laisse peu pour ce qui ne paie pas. En parallèle, il y a eu mon premier CDI dans un secteur que je découvrais, à devoir prouver et trouver mon rythme en même temps. Ma plume n’a pas disparu. Elle s’est mise au service de ce qui payait les factures et construisait l’insertion pro. Le développement perso a attendu son tour, comme on attend un bus qu’on sait qu’on finira par prendre.
Et puis ma fille est arrivée.
Je n’ai pas voulu raconter ça en temps réel, c’était trop neuf, trop à moi. Mes plus fidèles lecteurs se souviennent peut-être d’un refrain que je tenais depuis longtemps : je ne voulais pas devenir père. Pas par rejet de l’idée, par absence de modèle. Je ne savais pas ce que j’avais à transmettre à un enfant que je n’avais moi-même jamais reçu. Et puis elle est née, et quelque chose s’est déplacé. Pas un éclair, pas une révélation, plutôt un meuble qu’on bouge dans une pièce et qui change toute la lumière. J’y reviendrai dans un ou d’autres articles.
Cet article a un objectif plus modeste : recommencer. Vaincre cette peur familière de la page blanche, ce syndrome de l’imposteur qui ne lâche jamais vraiment prise, même après des années à publier. Alors ce premier jet, c’est un retour sans pression. C’est un peu comme revenir sur un terrain après une longue blessure : on ne joue pas pour gagner, on joue pour retrouver les sensations, voir si la jambe répond encore.
Vous l’aurez peut-être remarqué : je ne reviens pas tout à fait pareil. Le blog ne s’appelle plus Selon Adelphe. Il s’appelle Kelphe.
Mes noms ont toujours raconté où j’en étais.
Quand j’ai commencé à écrire, c’était sur misterkelphe.com. Un pseudo, parce que je n’osais pas encore mettre mon vrai prénom sur ce que je publiais. J’avais peur de ce que les gens en penseraient, peur que mes mots ne soient pas à la hauteur de ma signature. Mister Kelphe, c’était une porte entrouverte. On voyait un peu, mais pas tout.
Puis il y a eu Selon Adelphe. Là, j’avais grandi. Je voulais que mon prénom porte ma plume, que les gens sachent qui parlait. C’était ma façon de dire que j’assumais. Mes idées, mes textes, mes maladresses parfois aussi. Selon Adelphe, c’était la porte grande ouverte.
Aujourd’hui, je reviens avec Kelphe. Et ce n’est pas un retour en arrière, ce n’est pas un nouveau masque. Kelphe, c’est la contraction de mes deux prénoms, Koumi et Adelphe, les deux moitiés que je porte depuis Lomé jusqu’ici. Ce n’est plus un pseudo pour me cacher, ni un prénom pour me prouver. C’est juste le nom qui me ressemble le plus, celui qui me condense en une seule signature. Une plume choisie, pas subie.
J’ai hâte de vous raconter ce qui s’est joué pendant ces trois ans. La vie de jeune papa, ce qu’elle déplace, ce qu’elle révèle. Et tout ce qui vient avec.
À bientôt.


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